le 09 mars 2010 de 11h00 à 12h30
Salle Coriolis Observatoire Midi-Pyrénées
Intervenant : Christian Lévêque
Directeur de Recherche émérite à l'Institut de Recherche pour le Développement
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Le terme biodiversité est un terme « valise » où chacun projette ses représentations du monde vivant et de la nature, en fonction de sa culture, de son expérience, de ses besoins ou de son intérêt immédiat. Il n’en reste pas moins que le thème dominant parait être celui d’une nature assiégée par les activités humaines. Selon cette logique, l’espèce humaine est accusée d’être responsable d’une 6ème extinction de masse (dramatisation), et il est indispensable, dit-on, de tout mettre en œuvre pour arrêter l’érosion de la biodiversité. La réalité est bien plus complexe que ce discours réducteur.
La biodiversité est loin d’être le domaine réservé des naturalistes. Elle nous intéresse directement dans notre quotidien par ses aspects directement utilitaires (ressources génétiques, ressources vivantes, molécules pharmaceutiques, etc..). Mais elle est aussi indispensable à notre santé mentale, si l’on en croit les nombreuses relations affectives existant entre les hommes et la diversité biologique (animaux de compagnies, contes et films mettant en scènes les animaux, totems, monstres pour se faire peur..). Cette dimension psychologique est rarement abordée, alors qu’elle est probablement fondamentale pour comprendre les relations des hommes avec le monde vivant.
Dans le « prêt à penser » qui structure actuellement beaucoup de discours sur la biodiversité, l’idéologie est fortement sous-jacente. On la retrouve à divers niveaux : dans les représentations d’une nature supposée en équilibre, dans les discours alarmistes concernant les espèces introduites et les espèces envahissantes, dans certaines théories (comme la théorie Gaïa) sur les capacités de régulation de la nature, etc…
On peut ainsi s’interroger sur la pertinence et l’objectivité de certaines idées colportées en matière de biodiversité tant par les ONG de protection de la nature que par quelques scientifiques. Il est un fait que les discours le plus souvent globalisateurs et réducteurs gomment l’existence de situations très contrastées : les actions de l’homme n’affectent pas de la même manière les vertébrés et les micro-organismes, et la diversité biologique du lac Léman qui a moins de 15 000 ans d’existence, n’a rien à voir avec celle du lac Tanganyika qui a plus de 10 millions d’années d’existence.
Pour conclure, la biodiversité est une des facettes du développement durable. Si elle est menacée, c’est par nos activités économiques. C’est donc dans nos modes de développement, dans les systèmes économiques et politiques mis en place, que l’on doit rechercher des solutions éventuelles aux processus d’érosion de la biodiversité. Pas dans d’autres recherches naturalistes… ! La pauvreté, la corruption, le profit à court terme sont en réalité les vrais ennemis de la biodiversité. Et, comme le dit Michel Serres, si l’on veut faire bouger les frontières, il faut faire de la biodiversité un objet de droit. ! Sinon, dans quelques décennies nous répèterons probablement encore qu’il faut stopper l’érosion de la biodiversité avant …2010 !
Christian Lévêque directeur de recherches émérite de l’IRD, a participé à plusieurs programmes de recherche internationaux sur la biodiversité, dont l'Evaluation des Ecosystèmes pour le Millénaire mené sous l'égide des Nations Unies. Il a également écrit de nombreux ouvrages sur la biodiversité et sur le développement durable à destination des enseignants et du grand public, notamment, « Faut-il avoir peur des disparitions d’espèces ? » (Col. « Les Petites Pommes du Savoir », éditions du Pommier, 2006), « Développement Durable : nouveau bilan » en collaboration avec Y. Sciama, (collection Dunod, Quai des Sciences, 2008) et « La biodiversité au quotidien » (Editions IRD/QUAE, 2008).
